C’est l’histoire de 4 mecs du sud de la France qui vont tous à Lagneux dans l’Ain pour travailler pendant 7 semaines comme ouvriers. L’usine qu’ils vont investir appartient au groupe Saint-Gobain Emballage, celui qui fait tous les petits pots en verre où c’est qu’on y met soit des cornichons, soit du Nutella, et même des espèces de bouillies pour les mioches. Enfin c’est pas nous qu’on y met la bouillie ni rien, c’est encore d’autres entreprises comme Blédina. Alors nous, les jeunes du Sud (à part un qui en fait vient pas vraiment du Sud mais des Bouches du Rhône) on se disait que c’est cool mais faut bien habiter quelque part. Et c’est là que ça vaut le coup de bosser pour une grosse entreprise parce qu’ils ont des maisons à eux qu’ils veulent bien nous prêter. Une vraie maison de Lagneux, avec 3 chambres dont 2 à l’étage, une salle de bains, une cuisine, un salon et un escalier qui couine. On nous y avait mis un frigo mais c’est tout. Moi j’avais amené la télé et une table de camping et des chaises, un autre un four micro-onde, et chacun son matelas sous diverses formes à partir du pouf qui se déplie en lit, jusqu’au matelas qu’on gonfle. La télé on la captait pas mais on avait la Playstation et Tony Hawk le jeu qui va avec de skate. Autant vous dire qu’il n’y avait pas grand-chose comme meuble puisqu’il n’y avait rien. Vous avez noté aussi qu’il manque une chambre ce qui nous obligeait à effectuer une rotation par exemple moi j’ai fait : salon, chambre du bas, chambres du haut, salon chambre du bas chambres du haut, et ainsi de suite en tenant compte des horaires de travail pour que ça soit celui qui commence le matin qui soit dans le salon enfin on faisait au mieux. La maison était soit proche de l’usine, soit loin. Pour qu’elle soit proche il fallait passer par le jardin d’un voisin et escalader une petite clôture, ce qu’on se permettait quand il faisait nuit. Sinon elle était loin. Il s’avère qu’il faisait souvent nuit malgré l’été. C’est à cause de l’heure où on travaillait qui variait ainsi que je vais l’expliquer : 2 jours on faisait 3h40-11h40 puis deux jours 11h40-19h40 puis encore un ou deux jours 19h40-3h40, ça s’appelle un truc comme les cinq huit. Ensuite on avait 2 ou 3 jours de repos que l’on occupait comme on peut par exemple en allant à Lyon voir la demi finale et la finale de l’Euro 2000, place des Terreaux je crois. La vie est bizarre avec ces horaires là, commencer à 3h40 du matin ça m’obligeait à prendre 2 vitamines C pour commencer, puis du café tant et si bien que j’arrivais plus très bien à tenir les pots de verre dans les mains. Alors le boulot c’était bizarre aussi, j’avais fait un schéma à un moment, mais bon j’explique le principe, cette usine y a un four qui chauffe tout le temps et après il se passe des choses obscures et ça finit au niveau de 12 chaînes, sur chacune arrivent des pots de tailles et de formes différentes sur des tapis roulant, et au bout de la chaîne y a une machine qui range les pots sur des palettes en procédant par couche : une couche de pots, un carton, une couche de pot, un carton et grâce à des capteurs quand ça arrive en haut ça s’arrête et ça recommence une nouvelle palette. C’est à ce moment là que j’intervenais en posant le carton-chapeau final et l’étiquette-code barre dans le bon sens ce qui n’est pas toujours évident. Là on se dit que c’est de la rigolade sauf si on va pas assez vite le robot automatique qui vient chercher la palette n’est pas content et ça fait tuuuuut, tuuuuuut jusqu’à ce que presque le directeur de Saint-Gobain vienne demander : mais qu’est ce qui se passe ?. C’est difficile d’aller vite parce que les cartons-chapeaux quand on les met, on fait souvent tomber un ou deux pots si on fait pas attention, et c’est difficile parce que les 12 chaînes s’étalent sur près de 75 mètres de longueur, et toutes les palettes peuvent arriver en même temps. Et c’est difficile parce qu’on porte des gants, des trucs dans les oreilles, des lunettes de protection mais on finit par enlever presque tout, sauf les boules dans les oreilles à moins qu’on soit stupide. Oui c’est le boucan dans cette usine. Ensuite c’est difficile parce que parfois la machine qui trimbale les petits pots elle se bloque, et là y a un gyrophare qui clignote pour qu’on le voit bien même si on est à 75 mètres à l’autre bout, il faut alors courir ! Oui le chef il a dit ça, on court, on essaie de réparer si c’est simple et sinon ... sinon ... on appelle le techno ! C’est un gars au cheveux long qui marche lentement, il vous regarde le menton haut et il fait : ok. Ensuite la machine remarche et on se dit qu’on aimerait bien être techno un jour. Pendant les 8 heures de boulot, on a une pause de 30 minutes dans une salle avec des lits pour se reposer. Le monsieur qui m’a appris ce métier les 2 premiers jours, il fait ça depuis 5 ans et il dit que ça lui plait, pour les vacances il va dans des camps de vacances où y a de la chair fraîche. Il est gentil lui. C’est pas comme le gardien de l’usine où on doit laisser son badge en entrant, il retrousse sa chemise manche courte pour qu’on voit son tatouage sur le biceps, et il marche comme s’il avait des bottes de cow-boys, je me dis qu’il est con. C’est cet été que j’ai vraiment découvert 16 horsepower. Et aussi qu’il y a des endroits en France avec des retenues d’eau artificielles où les gens viennent se baigner, un peu comme si c’était la mer, ça me rendait très triste. C’est pour ça aussi qu’on était tous content de revenir dans le sud.
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